Bulent Altun, Apiculteur

Installé à Villeparisis depuis 2018, il reprend aujourd'hui l'héritage.

Une rangée d’arbres abrite les ruches du canal de l’Ourcq, comme un rideau protégeant d’une trop grande humidité. Vers Mitry-Mory, les abeilles trouvent des tilleuls. À l’opposé, elles récoltent parmi les acacias. Entre les deux, Villeparisis offre  son maillage de plantes et d’arbres fruitiers au gré des jardins. Alors elles quittent la colonie, volant jusqu’à cinq kilomètres à la ronde, avec une obsession : butiner nectar et pollen pour nourrir la reine pondeuse.

Derrière le Centre Technique Municipal, 33 ruches surélevées sont posées dans un enclos. Une vingtaine est en production. La famille Altun veille sur elles depuis l’an dernier, au nom d’une tradition familiale de plusieurs générations. Quadragénaire installé à Villeparisis depuis 2018, Bulent reprend aujourd’hui l’héritage. Son père Salman l’aide, transmettant son savoir. À 16 ans, en Asie centrale, il assistait déjà son propre père apiculteur. Son métier d’instituteur n’a été qu’une parenthèse, refermée après son arrivée en France. 26 ruches dépendent désormais de lui à Drancy (Seine Saint-Denis). Il y récolte un miel bio et primé.

Passion et apprentissage

Père et fils s’étendent désormais à Villeparisis. Pour Bulent, ce n’est encore qu’une passion, un apprentissage. « J’ai grandi dans les ruches », confie-t-il. Son métier, lui, se trouve sur la plateforme de Roissy. Il a passé un accord avec la mairie au printemps 2020. Un terrain lui a été mis à disposition. En échange, il transmettra à son tour bientôt son savoir aux enfants des écoles de la ville qui pourront lui rendre visite.

Quand les ruches (une douzaine alors) ont été déployées à Villeparisis, la saison était déjà bien avancée. Élevées à Drancy, les abeilles ont dû s’adapter à une ville plus froide. Stressées par ce changement, elles se sont finalement accoutumées. Mais des reines n’ont pas résisté, des colonies ont été perdues, qu’il a fallu reconstituer. Sans parler du frelon asiatique, prédateur agressif et bien présent.

Un coup de poker

Après une première saison tronquée et expérimentale (100 kg de miel ont quand même été prélevés), la deuxième s’organise. Le point de mire ? Les mois de mai et juin, quand le nectar abonde. Un objectif qui se prépare longtemps à l’avance, en faisant le pari d’une météo favorable.

Car l’art de l’apiculteur est, mois après mois, de surveiller, d’ajuster, de préparer ses colonies afin que les butineuses aient pu stocker suffisamment de nourriture pour que les reines pondent en abondance au bon moment. Si en hiver, une ruche compte 20 000 individus, les abeilles y sont jusqu’à 80 000 l’été, vivant une quarantaine de jours. Ce qui oblige aussi l’apiculteur à adapter sa récolte. S’il prélève exagérément le miel, il affame ses insectes. Ni trop, ni trop peu. Ce réglage subtil, ce coup de poker comme l’appelle Salman Altun, c’est tout le miel du métier.